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Losar, le nouvel an Tibétain

Du 3 au 5 mars 2022 ont lieu les festivités de Losar, le nouvel an Tibétain. 3 jours de fête populaire et monastique rythmées par des cérémonies ancestrales Tibétaines ! 

Losar ou Lhosar est le nouvel an Tibétain. En Tibétain, cela signifie “nouvelle année”. C’est l’une des fêtes les plus importantes dans la tradition Tibétaine : elle marque le début de l’année, basée sur un calendrier de 12 mois lunaires. Le nouvel an a toujours lieu le jour suivant la nouvelle lune de février ou de mars. La date est donc variable d’une année à l’autre et est déterminée avec précision par des astrologues Tibétains. 
C’est l’année de l’intronisation du premier roi Tibétain Nyatri Tsenpo en l’an 127 av. J.-C. qui marque le début du calendrier Tibétain.
Ainsi en 2022, les Tibétains entrent dans la 2149e année de leur calendrier, placée sous le signe du tigre d’eau.

Pour préparer au mieux l’arrivée de la nouvelle année, les Tibétains effectuent un rituel de préparation très minutieux ! (et beaucoup moins alcoolisé que notre Saint Sylvestre!)

Le déroulé des cérémonies de Losar

Un rituel de préparation monastique et populaire

Ces rituels de préparation ont pour but de chasser les mauvais esprits et l’énergie négative de l’année précédente pour accueillir au mieux la nouvelle année (une sorte de grand ménage de printemps). 


Dans l’idée, le rituel, au monastère, se déroule de la façon suivante : Les moines récitent des mantras et dansent masqués, au rythme des instruments traditionnels (danse du Chäm). 

Les danses masquées du Chäm


Quant au rituel populaire, il dure plusieurs jours ! Par exemple, les Tibétains nettoient minutieusement leur maison et mangent la Gouthouk en famille (soupe traditionnelle cuisinée pour l’occasion). À la fin du même repas, ils vont se purifier le corps de façon symbolique (une fois encore, on est loin des lourdeurs d’estomac du foie-gras et du traditionnel repas à rallonge français que l’on tente -vainement- de faire disparaître avec un digestif pour rouler vers la nouvelle année !)

Une fois ces rituels accomplis, les Tibétains sont prêts pour accueillir la nouvelle année avec leurs proches! 


Et c’est parti :

Le premier jour (aujourd’hui même) : Losar Tashi Delek !

C’est le jour de l’an ! Cette journée se déroule en famille ! Les familles Tibétaines se lèvent à l’aube, se parent de leurs plus beaux vêtements traditionnels et se mettent derrière les fourneaux pour préparer de délicieux mets : le Gouthouk (une délicieuse soupe aux raviolis), les Kapse (gâteaux traditionnels) etc… Le tout est accompagné de Chang (alcool fait maison qui pourrait se rapprocher de la bière).

Le deuxième jour : Gyalpo Losar (Losar du Roi)

En cette deuxième journée de Losar, les Tibétains se rendent visite et s’échangent leurs vœux pour la nouvelle année. Ils vont aussi au monastère y déposer des offrandes pour les moines et recevoir une bénédiction.

Le troisième jour

On hisse de nouveaux drapeaux de prières dans les arbres, dans les lieux de culte, et en hauteur sur le toit des maisons ! Les Tibétains allument également des feux de genévrier pour purifier et diffuser des énergies protectrices.

(Liste non exhaustive et retracée plus ou moins fidèlement depuis notre regard de français -n’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez compléter/rectifier/ajuster/enrichir…) ! D’ailleurs, pour continuer dans cette lancée, on vous partage une expérience vécue au Sikkim à l’occasion de ces mêmes festivités de la nouvelle année ! C’est par ici : )

Losar, au cœur de la tradition bouddhiste Tibétaine

On n’a pas fait exprès, mais notre voyage au Sikkim est tombé en plein pendant les festivités de Losar.

Ça y est, après un long trajet sur des routes montagneuses et sinueuses, on pose le pied à Gangtok, capitale du Sikkim (petit État indien, niché entre le Népal, le Bhoutan et le Tibet). Une ville aussi paisible qu’animée, où on se sent tout de suite bien !

On apprend alors qu’on arrive “en plein Losar”. La communauté bouddhiste Tibétaine étant largement présente, il y a de nombreuses célébrations.

C’est parti ! Direction le monastère de Rumtek (siège du Karmapa en exil en Inde) en jeep collective, seulement à 34 km de Gangtok. Si proche et pourtant si loin. Ici les routes sont escarpées et les secousses agissent comme une berceuse arythmique. Parfois à 9 ou 10 dans le véhicule on est bien calés, au chaud, comme dans un nid. Les dames Tibétaines sont sur leur 31 et vêtues, pour l’occasion, de leur plus belle chupa (robe traditionnelle) !

Enfin arrivées au monastère, on décide de gravir à pied le chemin escarpé pour se délester de nos bagages, à 2km de montée de là, gonflées à bloc (nous avions réservé une nuit dans une guest house) et ainsi pouvoir rejoindre, légères, les cérémonies déjà entamées.
Pas de chance, une fois en haut, le gérant nous annonce que son établissement est complet et qu’il faut que l’on redescende pour trouver un autre endroit. Oups. Nous prenons alors la pente raide en direction du monastère pour trouver une chambre (pas tellement évident à cette période), nous n’avons qu’une hâte: aller voir ce qu’il se passe !
Une fois allégées de quelques kilos, guidées par le son des dunghen (cor tibétain en bronze – sorte de trompette gigantesque), nous voilà au cœur des cérémonies de Losar. WOW.

Monastère de Rumtek au Sikkim


Tout le monde à déjà pris place autour de la cour du monastère, assis en tailleur. Les enfants jouent. Les familles discutent, rient. Les moines prient et s‘agitent dans tous les sens pour veiller au bon déroulement de la cérémonie et à son organisation. 

Ca vibre très fort et c’est extrêmement puissant. Même si l’on ne comprend pas ce qui se passe, ni la signification complète des danses, il est impossible de ne pas ressentir les choses: tu ressens là les vibrations d’une énergie intense portée par les sons, les odeurs d’encens, les mantras et les danses. Chaque sens est comblé d’une information nouvelle, prenante et qui semble nous envelopper du sacré. 

Les moines qui enchaînent les diverses danses sacrées du Chäm sont en harmonie et masqués : des déités bouddhiques (comme Mahakala ou bien Garuda), ou des formes plus animales (comme le cerf). 

 

Représentation de Mahakala
Représentation de la Déïté bouddhique Mahakala
Les danses sacrées du chäm

D’autres, entre chaque danse, jouent la caricature de villageois qui paraissent farceurs et moqueurs, provoquant rire et hilarité générale (surtout du côté Tibétain : de notre côté, on essaie encore de comprendre le gag!)

Après quelques heures, on s’extrait pour aller déguster de délicieuses (et chaudes) nouilles Maggi, dans un petit Dhaba, rempli de moines Tibétains. 


Les danses continuent, on entend les cymbales et on engloutit notre bol rapidement pour rejoindre le plus vite possible le monastère. 

Cette fois c’est une cinquantaine de moines aux costumes colorés, sur lesquels apparaît la représentation de Vajrakilaya (déité du bouddhisme tantrique). Tous portent des chapeaux noirs, significatifs (en lien avec Mahakala). (voir photo principal de l’article) 


Puis, au milieu de la cour, on voit plusieurs statues géantes et colériques de ce que l’on pense être des représentations de Mahakala (oui, à nouveau !) sur des chevaux, poussées par une foule de moines parfaitement synchronisée encore. 

L’une des fameuses statues géantes de Mahakala

En fait, le rituel auquel nous assistons n’est pas à proprement parler “Losar” mais sa préparation avec la “Mahakala Puja” : une prière pour cette déité protectrice. 


Ce qui est assez incroyable c’est que les gens sont en train de faire leur vie pendant que se déroule cette cérémonie hyper codifiée et puissante.

Nous ne bougeons plus de la cour du monastère, happées et fascinées par le spectacle qui s’offre à nous. 

Depuis notre arrivée il se dresse d’impressionnantes sculptures de beurre de Yak au cœur du lieu, celles-ci représentent le vivant et son impermanence (offrandes vouées à fondre, réalisées minutieusement, pendant plusieurs jours par les moines). Elles sont très colorées et d’une finesse remarquable ! Au fur-et-à-mesure de la journée, les pieds de la plus haute sculpture sont recouverts de longs tissus blancs, que chaque Tibétain apporte, l’un après l’autre, cérémonieusement. 


La nuit commence à tomber. Il fait assez froid (nous sommes tout de même en février, à 1500 m d’altitude), mais l’intensité de cette cérémonie nous fait presque oublier le fait que les extrémités de notre corps sont frigorifiées ! On nous sert du thé pour nous réchauffer, et ça fait du bien !

C’est alors que plusieurs moines commencent à dérouler méticuleusement une gigantesque thangka (peinture traditionnelle) qui recouvre toute la façade du temple (imaginez une peinture de plus de 15 mètres de hauteur !). Après quelques minutes à contempler cette œuvre gargantuesque et ô combien sacrée, la foule commence à s’agiter et à se lever vers la sortie, portée par le chant régulier des dunghen joués par les moines. Il semblerait que ce soit l’heure du bouquet final.

À l’extérieur, une sorte de feu de joie est allumé: ils ont embrasé la sculpture -celle qui est restée au centre de la cour du temple toute la journée- et qui dévoile désormais sous les flammes, la représentation géante de… (vous devez maintenant vous en doutez) Mahakala ! 

L’idée est simple : chasser les mauvais esprits ! 
Tout le monde s’empresse de récupérer, sur la structure, un morceau de ficelle -désormais sacrée et bénie-, symbole de protection pour cette nouvelle année qui commence sous les meilleurs auspices. 

Drapeaux de prières

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